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mercredi 18 mai 2016

J'enquête, de Joël Egloff

Fiche technique :
 
Auteur : Joël Egloff
Titre : J'enquête
Editeur : Buchet/Chastel
Nombre de pages : 288
Date de parution : Mars 2016
 
 
Présentation éditeur :
 
« Si ce que je viens de lire est exact, ai-je alors demandé au sacristain, après m’être éclairci la voix, c’est donc vous, monsieur Beck, qui avez découvert le vol ? Il a froncé les sourcils. Le vol ?... a-t-il répété, déconcerté, en se tournant vers le prêtre, comme s’il avait besoin que celui-ci traduise mes paroles. Vous voulez dire "l’enlèvement", a fait le père Steiger en cherchant mon regard dans le rétroviseur. »
 
Une nuit d’hiver, enneigée et glaciale. Un village endormi. Un détective privé - le narrateur - arrive sur les lieux pour mener une bien étrange enquête. Ce détective est un timide qui n’aime pas déranger son prochain. Il n’a plus d’argent et n’a pas vraiment l’habitude de ce métier. Il ressemble plutôt à un homme qui serait aux abois...
 
J’enquête est le nouveau roman de Joël Egloff. Le lecteur retrouvera avec bonheur ses personnages décalés, sa poésie et son sens de l’absurde.
 
 
Avis :

Autant j'ai aimé le début de ce roman, autant la fin m'a déstabilisée. Surtout les derniers mots. Moi qui aime bien savoir où veut nous emmener l'auteur et qui ne raffole pas trop des fins ouvertes, hé bien on peut dire que j'ai été servie ! J'ai bien compris le but de Joël Egloff, enfin il me semble, mais cela n'empêche : je suis restée sur ma faim !

Parodie de polar, J'enquête se révèle être un roman d'ambiance où règne l'absurde. L'enquête et sa résolution ne sont que des prétextes pour découvrir une galerie de personnages loufoques et surréalistes. Les situations sont cocasses, l'enquête farfelue, et le personnage principal pathétique. Timide, gaffeur et maladroit, il est totalement dépassé par les événements ; il brasse de l'air, tourne en rond, mais jamais il n'admettra ne pas être à la hauteur de la tâche qui lui a été confiée. Le texte à la première personne et les dialogues indirects nous mettent au plus près du narrateur, que l'on découvre petit à petit, au fil de l'enquête. Si j'ai bien ri au début du roman, peu à peu une sorte de malaise s'est installée. Est-ce à cause de la personnalité du narrateur ? Etant moi-même une grande timide (enfin, l'ayant été) je pense que ce trait de caractère poussé à son paroxysme m'a vraiment dérangé ; je n'ai eu qu'une envie pendant plus de la moitié du roman : secouer le détective / narrateur pour lui éviter de s'enfoncer davantage... mais bon il ne faut pas s'en faire, comme tout grand timide qui se respecte il accumule jusqu'au moment où il va craquer et libérer sa colère !

Pour résumer, J'enquête est une lecture intéressante, qui ne laisse pas indifférent et dont la fin m'a rendue perplexe. Une semaine après avoir terminé le roman, qui se lit facilement et rapidement, je ne sais toujours pas si j'ai aimé ou non... je crois que je vais y réfléchir encore un peu.

Merci au site lecteurs.com et aux éditions Buchet/Chastel pour cette découverte.



 

jeudi 14 mai 2015

Conte à rebours, d'Eric Lequien Esposti

Fiche technique :

Auteur : Eric Lequien Esposti
Titre : Conte à rebours
Editeur : Les têtes brulées éditions
Nombre de pages : 142
Date de parution : Mars 2015


Quatrième de couverture :

Désiré, vieillard nu, balbutiant, tombé d'on ne sait où et Tom, enfant précoce, se découvrent au détour d'un terrain vague. Ces deux-là s'aiment d'emblée comme des frères. La famille s'agrandit, Désiré est adopté comme un pseudo oncle éloigné.
Mais alors que la vie bat son plein, Désiré manifeste des signes étranges : son corps rajeunit, son esprit mûrit. Inévitablement, il va devoir faire face à une vie hors du commun avec ses difficultés, ses rencontres, ses joies et ses drames. Quel tour lui joue donc le destin ?
Un roman mené de main de maître par Eric Lequien Esposti. Une lecture fine, poétique, poignante, dont on ne ressort pas indemne de réflexions sur le sens de la vie, de la normalité et des relations humaines.


Avis :

J'ai lu Conte à rebours dans le cadre d'un partenariat avec Les têtes brulées éditions, que je remercie pour m'avoir fait découvrir ce très beau récit.

Conte à rebours est une très belle histoire sur l'amour, les apparences, l'acceptation des différences, le temps qui passe et le sens de la vie... Cela fait beaucoup de thèmes pour un si court roman, mais il fallait bien cela avec une telle intrigue.
Quand Tom, jeune surdoué de sept ans, découvre un vieillard nu et balbutiant sur un terrain vague, il sait tout de suite qu'il sera le petit frère qu'il a toujours désiré... Il le recueille et le nomme donc Désiré, puis convainc sa maman d'accepter de jouer le jeu et de prendre soin de ce grand bébé de plus de soixante-dix ans. Au cœur de cette famille recomposée autour de l'amour, Tom et Désiré grandissent et s'épanouissent jusqu'à quitter le nid ; Tom suit le chemin normal de l'existence, tandis que son vieux petit frère, Dédé, grandit "à rebours" : né à soixante-dix-sept ans, il est ado à soixante ans et rajeunit ainsi physiquement au fur et à mesure que le temps passe... Avide de liberté, Désiré est néanmoins trahit par ce corps qui évolue à l'envers et ne lui permet pas de s'attacher trop longtemps aux personnes qu'il rencontre. Mais il sait qu'il peut compter sur Tom en toutes circonstances, et l'amour inconditionnel qu'ils se vouent les accompagnera toute leur vie, jusqu'à l'émouvant final.
Les personnages sont extrêmement attachants, je n'ai eu aucun mal à ressentir de l'empathie envers eux et j'ai adoré les suivre à travers le récit de leur existence. Autant de pureté et de bons sentiments, cela fait chaud au cœur. Le style de l'auteur est agréable à lire ; les phrases sont parfois un peu longues, mais le texte est parfaitement maîtrisé. Eric Lequien Esposti joue souvent avec les mots - choisis avec soin - et les sonorités pour nous offrir un récit délicat et poétique qui résonne encore en nous longtemps après que la dernière page soit tournée. Ne passez pas à côté, vu le prix ce serait vraiment dommage...


Notation :

8/10.
 
Avoir un livre numérique dédicacé, c'est maintenant possible ! Eric Lequien étant le créateur du logiciel Dedee, je me suis permis de lui demander de dédicacer mon exemplaire de Conte à rebours. Je dois dire que je suis très agréablement surprise par le résultat.
 
Après avoir disséqué mon epub avec le logiciel Calibre, voici à quoi ressemble la dédicace.
Il s'agit d'un fichier image qui est inséré dans l'ebook ; c'est très bien fait, et les possibilités peuvent êtres infinies : photos, dessin, texte saisit ou écrit à la main, l'auteur n'a que l'embarras du choix... 
 
J'espère que cette excellente idée va se développer parmi les auteurs, car posséder un livre numérique dédicacé lui donne une plus grande valeur, du moins affective. En tout cas Conte à rebours étant mon premier ebook dédicacé, il tiendra une place à part dans ma liseuse, pour ne pas dire dans mon cœur ;-)
 
 
 
 

mardi 7 avril 2015

Les amoureux du livre, de Frédéric Laurent

Fiche technique :
 
Auteur : Frédéric Laurent
Titre : Les amoureux du livre
Editeur / Collection : Balivernes / Calembredaines
Nombre de pages : 36
Date de parution : Mars 2015
Public : A partir de 5 ans
 
 
Présentation éditeur :
 
Lui a une belle maison sur la page de gauche. Elle aussi mais sur la page de droite. Il est très amoureux d’elle et elle, elle est très amoureuse de lui. Mais à les voir ainsi, n’y a-t-il pas un problème ? Un gros problème ? Un très gros gros problème ?
Entre elle et lui, il y a un fossé, infranchissable et insurmontable : la reliure ! Elle les sépare à jamais.
Pourtant, ils n’ont pas l’air de trouver ça très grave. Ils vivent très bien ainsi. Ils vaquent à leurs occupations sans difficultés.
Mais quand même, il faut passer du temps ensemble, s’enlacer, s’embrasser… Alors comment font-ils pour se retrouver et être si heureux ?
Quand deux amoureux s’aiment, rien ne peut les empêcher de se retrouver. Dans cet album, ils sont chacun sur une page différente et ne peuvent se rencontrer. Sauf que… même si le lecteur ne les voit plus, c’est bien grâce à lui qu'ils peuvent se réunir !
 
 
Avis :
 
J'ai reçu Les amoureux du livre dans le cadre de l'opération "Masse Critique Jeunesse" du site Babelio, que je remercie, de même que les éditions Balivernes, pour m'avoir fait découvrir ce très bel album.

D'un format carré pratique pour les petites mains, l'album nous présente, en parallèle, les deux amoureux de l'histoire : Lui sur la page de gauche, et Elle sur la page de droite. Chaque action se déroulant sur la page de gauche a son pendant sur la page de droite : on fait connaissance avec Lui et Elle, on découvre le fossé infranchissable qui les sépare, puis on assiste à leur vie quotidienne. Matin, midi, après-midi et soir se succèdent jusqu'à ce qu'apparaisse la solution à l'épineuse question : pourront-ils se rejoindre ?
Les illustrations sont adorables, elles ont l'air très simples mais fourmillent de détails. Elles se modifient lors de chaque action de nos deux amoureux, le décor s'élargit et de nouveaux détails font leur apparition : on passe ainsi de pages blanches et presque vides à des pages très colorées, pleines de vie. Le texte s'intègre harmonieusement aux illustrations ; s'adressant directement au lecteur, il contient une pointe d'humour très agréable.
 
J'ai testé l'album avec mes petites nièces (5 et 7 ans) ce week-end : elles ont bien aimé l'histoire, mais sans plus, par contre elles ont adoré les illustrations. Du coté des adultes présents l'avis est beaucoup plus positif : tout le monde a adoré l'histoire et les illustrations !
 
 
Notation :
 
7,5/10.

 
Et voici quelques pages de l'album pour vous faire une idée du style de Frédéric Laurent :






mardi 17 février 2015

La servante et le marquis, de Lola Victor-Pujebet

Fiche technique :
 
Auteur : Lola Victor-Pujebet
Titre : La servante et le marquis
Editeur / Collection : Harlequin / HQN (ebook)
Date de parution : Juin 2014
 
 
Résumé éditeur :
 
Rose le sait : l’amour qu’elle éprouve pour Adrien, le fils de la marquise dont elle est la servante, est un amour interdit, un amour impossible. Pourtant, le feu qui l’anime est si puissant qu’elle ne peut le garder pour elle, et les mots lui brûlent les lèvres à chaque fois qu’elle lève les yeux sur lui. Mais comment faire pour lui avouer ses sentiments, sans encourir son mépris ?
 
 
Avis :
 
La servante et le marquis est un pur produit de la littérature sentimentale "historique" estampillée Harlequin. On y retrouve une jeune et jolie servante, bien trop éduquée pour sa condition et en proie à des brimades quotidiennes, un jeune et beau marquis qui foule aux pieds les conventions sociales pour vivre un véritable amour, de gentils amis et de méchants jaloux.
L'histoire, assez courte, se lit rapidement. Le style de l'auteur est très agréable à lire, c'est d'ailleurs ce que j'ai le plus apprécié dans le roman. J'ai trouvé par contre que les personnages étaient dépourvus de consistance, de profondeur, et que l'intrigue manquait de retournements de situation, tout était trop lisse dans le déroulement de cette belle histoire d'amour. C'est dommage, car dans ce genre de littérature où l'on connait le dénouement avant même de commencer la lecture, ce sont ces petits détails qui arrivent à maintenir l'intérêt du lecteur...
Une lecture détente qui n'est donc pas désagréable, mais dont l'histoire est un peu trop superficielle pour marquer les esprits.
 
 
Ma note :
 
6,5/10.
 
 

samedi 8 novembre 2014

Sombre désir, de Natalie W. Genova

Fiche technique :

Auteur : Natalie W. Genova
Titre : Sombre désir
Editeur : Les têtes brulées éditions (format numérique)
Date de parution : Octobre 2014


Quatrième de couverture :

Un soir d'hiver neigeux, Chloé et Teddy se croisent à l'abri d'un porche. Instantanément, l'attraction opère. Un tendre amour naît. La vie commune s'impose sur le champ. Tout est idyllique, mais en sous-sol, Teddy lutte contre de vieilles pulsions qu'il refrène et lui cache tant bien que mal. Peu à peu, le dérèglement le gagne… En sortiront-ils indemnes ?
À travers cette courte, mais fine nouvelle, Natalie W. Genova nous dépeint les conditions d'une alchimie sur le fil. Un texte à lire deux fois !


Avis :

J'ai lu Sombre désir dans le cadre d'un partenariat avec Les têtes brulées éditions, que je remercie pour m'avoir fait découvrir ce tire que j'ai beaucoup aimé.

Sombre désir est une belle histoire d'amour. Et contrairement à ce que pourrait laisser penser la couverture, ce n'est pas un de ces pornos qui sont tant à la mode en ce moment. 
D'une écriture fluide et délicate, cette nouvelle se lit rapidement et nous emporte dès les premières lignes. Difficile d'en parler sans dévoiler l'intrigue, mais sachez qu'un mystère entoure Teddy, le narrateur... et qu'une fois résolu, une seconde lecture du texte permet de le découvrir sous un angle nouveau. Personnellement j'ai deviné le secret de Teddy assez rapidement, mais cela n'a rien enlevé au plaisir de la lecture. J'ai cependant trouvé le texte un peu trop court, j'aurai bien aimé suivre ces personnages attachants plus longtemps...


Note : 

8/10.



 

lundi 27 octobre 2014

Un livre, un arbre et des emmerdes, de Julien Simonet

Fiche technique :

Auteur : Julien Simonet
Titre : Un livre, un arbre et des emmerdes
Editeur : Scrinéo
Nombre de pages : 280
Date de parution : Septembre 2014


Résumé éditeur :

Axel Leyrat, un trentenaire en quête de sens, a démissionné d’une multinationale pour réaliser son rêve : écrire un roman. C’est alors que sa femme Natacha, une executive woman, le quitte et lui annonce qu’elle va s’installer à New-York avec leur fils Igor. Sans ressource, Axel n’a qu’une option pour convaincre la juge de lui attribuer la garde de son fils : son roman doit devenir un best-seller en un temps record !
Prêt à tout pour y parvenir, Axel emménage dans l’immeuble de Juliette Lefort, une éditrice en vogue. Sous les traits d’un voisin ordinaire, il va tout tenter pour séduire la jeune femme. Mais ce jeu de dupe va se retourner contre lui… Tel épris qui croyait prendre ?

Avis :

J'ai lu Un livre, un arbre et des emmerdes dans le cadre d'un partenariat avec le site Livraddict et les éditions Scrinéo ; je les remercie pour m'avoir permis de découvrir ce roman.

« Pour réussir sa vie, un homme doit faire un enfant, écrire un livre et planter un arbre. » Voilà le crédo d'Axel, d'ailleurs persuadé que son roman ne peut être qu'un succès. Hélas, le parcours pour faire éditer un premier roman est semé d'embûches. Découragé, Axel va tenter le tout pour le tout afin de réussir à se faire publier, quitte à vendre son corps et son âme.
Alors que je m'attendais à lire une comédie sentimentale, amusante et enlevée, me voici face à un roman - sentimental, certes - que j'ai trouvé assez sordide, avec une "morale" un peu limite : tous les moyens sont bons pour réussir dans la vie ! Les mensonges, les tromperies préméditées, le chantage, le fait de coucher "utile", la vengeance... tout ceci est justifié par l'envie, pour ne pas dire le besoin, d'obtenir ce que l'on n'a pas : un enfant pour Juliette, une publication pour Axel. Je n'ai ressenti aucune empathie envers les personnages, je les ai regardé évoluer de loin, sans prendre part à leurs rêves et/ou déceptions. Le roman n'est pas mal écrit, la lecture est fluide, l'idée de la double narration est bonne, mais on ne sent malheureusement pas beaucoup de différence entre les deux narrateurs : leurs styles de langage sont trop proches, cela aurait mérité d'être plus travaillé par l'auteur. La lecture de ce roman représente donc une petite déception pour moi. Il en reste cependant une évocation plutôt intéressante de la vie d'un écrivain et de la difficulté de faire publier un premier roman quand on ne possède aucune relation...


Note :

7/10.



mardi 9 septembre 2014

Mon âge, de Fabienne Jacob

Fiche technique :
 
Auteur : Fabienne Jacob
Titre : Mon âge
Editeur / Collection : Gallimard / Blanche 
Nombre de pages : 165
Date de parution : Août 2014
 
 
Résumé éditeur :
 
« Quand on entre dans un rêve, un cinéma, un hypermarché, une forêt ou un autre corps, on n'a plus d'âge. »
Au commencement, il y a une femme qui se démaquille devant son miroir. Quel âge a-t-elle ? Tous les âges et aucun. L'âge de ses expériences. Celles qui font descendre au plus profond de soi, plonger dans la matière rugueuse d'une écorce d'arbre auquel on s'enroule, dans le noir bruissant d'une penderie de maîtresse d'école ou dans une piscine de maison de repos. Que ce soit au fond des cinémas tendus de rouge ou au fond des lits tièdes, le temps n'est pas ce que l'on croit. C'est un tournoiement qui rend toute séduction et tout jugement caducs. Jusqu'à la seule question qui vaille vraiment : celle du temps intérieur. Le seul qui ne passe pas.
Fabienne Jacob renoue ici avec l'écriture du corps et des sensations.
 
 
Critique :
 
J'ai pu lire ce roman en avant-première dans le cadre du "Prix du roman Fnac". Je remercie pour cela la Fnac et les éditions Galimard.

Soyons francs, j'ai eu beaucoup de mal à terminer Mon âge : 1 semaine de lecture pour 165 pages, voilà le genre de record dont je me passerais bien...
Entre réflexions sur le corps féminin et le temps qui passe, l'auteur alterne des scènes de vies à différents âges (on ne saura jamais précisément lesquels, à nous de deviner), sans ordre précis. Des phrases interminables, qui s'étirent parfois sur des pages entières, constituent l'essentiel du roman. Le texte est travaillé, les mots choisis avec soin, on sent que l'auteur a voulu jouer sur la musicalité, le rythme de son texte. Mais cela ne suffit pas à rendre le livre passionnant, du moins pour moi : il manque l'intrigue qui aurait pu me captiver.

Pour vous donner une idée du style du récit, voici une phrase prise au hasard (page 49) :

Elle connaît le chemin, je sais pas comment, au début on reste sur le sentier ensuite elle connaît, on ne peut pas comprendre comment elle est Else, elle ne se perd jamais, elle est comme chez elle dans les sous-bois qui se ressemblent tous, elle trouve son chemin dans les ronces pleines de mûres, les branches en travers il faut les écarter avec soin, sinon c'est le boomerang, elles surgissent, c'est un surgissement à chaque pas, une jungle, la forêt est un surgissement et un bruissement, une cage verte pleine de craquements, de griffures, rayures, un pas devant l'autre, on progresse seulement si les obstacles on sait en faire des alliés, les feuilles crissent sous les pas, ça fait un beau bruit, inquiétant mais beau, rien n'est tranquille dans la forêt, on pense à la paix mais c'est la guerre, la forêt la guerre, tellement la vie y est cachée, terrée, pour vivre heureux vivons cachés, une devise de guerre, la forêt, quand on passe, cent mille petits animaux de rien, planquez-vous, les voilà qui passent, les deux, ou si c'est tranquille c'est un piège, une feinte pour qu'on les laisse tranquilles, pour qu'on trace notre route sans les voir, en réalité cent mille paires de petits yeux nous observent, cent mille tentacules infimes, antennes, pattes, des branches en travers encore, mais continuer de marcher, marcher, vers le plus profond des bois, là où la forêt fabrique du secret vert en pagaille.

 
Notation :
 
5,5/10.



 

lundi 8 septembre 2014

Even dead things feel your love, de Mathieu Guibé

Fiche technique :
 
Auteur : Mathieu Guibé
Titre : Even dead things feel your love
Editeur / Collection : Editions du Chat Noir / Griffe Sombre
Nombre de pages : 276
Date de parution : Mars 2013
 
 
Quatrième de couverture :
 
Au terme de votre vie, à combien estimez-vous le nombre de minutes au cours desquelles vous avez commis une erreur irréparable ? De celle dont les conséquences régissent d’une douloureuse tyrannie vos agissements futurs jusqu’au trépas. Mon acte manqué ne dura pas plus d’une fraction de seconde et pourtant ma mémoire fracturée me renvoie sans cesse à cet instant précis tandis que la course du temps poursuit son inaltérable marche, m’éloignant toujours un peu plus de ce que j’ai perdu ce jour-là. Je me demande si notre dernière heure venue, les remords s’effacent, nous délestant ainsi d’un bagage bien lourd vers l’au-delà ou le néant, peu importe. Puis je me souviens alors qu’il s’agit là d’une délivrance qui m’est interdite, condamné à porter sur mes épaules ce fardeau à travers les âges, à moi qui suis immortel.
L’amour ne devrait jamais être éternel, car nul ne pourrait endurer tant de douleur.
 
 
Critique :
 
« Abigale, même les choses mortes comme moi peuvent ressentir ton amour. »
 
Even dead things feel your love est une belle (et sombre) histoire d'amour et de rédemption qui s'étale sur près de deux siècles. D'un coté il y a lord Josiah Eddington Scarcewillow, vampire depuis une bonne cinquantaine d'années, et de l'autre lady Abigale Madeleine Bellflower, jeune femme de l'Angleterre victorienne. Leur histoire d'amour est contrariée, forcément, sinon il n'y aurait pas d'histoire ; je ne compte pas dévoiler l'intrigue, mais sachez qu'elle fait intervenir - entre autres - vampires et chasseurs, anges et démons, magie et fantômes.
Le style de l'auteur, Mathieu Guibé, est agréable à lire. Les chapitres sont relativement courts et les rebondissements nombreux, le rythme de lecture est plutôt rapide. Le texte est écrit à la première personne du singulier : lord Scarcewillow nous raconte son histoire. J'aime beaucoup ce parti-pris, j'ai trouvé très intéressant que le vampire nous livre directement ses sentiments et nous fasse partager ses joies et ses peines. Par contre je n'ai ressenti aucune empathie pour les personnages, ce qui est dommage : lord Scarcewillow est égoïste et violent, quand à Abigale je l'ai trouvée un peu trop "nunuche" à mon goût. J'ai tout de même pris beaucoup de plaisir à lire ce roman...
 
 
Notation :
 
7,5/10.
 
 
 
 

jeudi 21 août 2014

L'Affaire des vivants, de Christian Chavassieux

Fiche technique :
 
Auteur : Christian Chavassieux
Titre : L'Affaire des vivants
Editeur : Phébus
Nombre de pages : 340
Date de parution : 21 août 2014
 
 
Quatrième de couverture : 

« Charlemagne venait d’avoir vingt ans. La République proclamée demandait un nouvel effort aux citoyens. Napoléon III était allé chercher la mort à Sedan et n’avait trouvé qu’une honteuse capture. Le décret du 14 octobre mobilisait les célibataires de son âge et les veufs sans enfants, jusqu’à quarante ans. En quatre mois, après Sedan, le pays qui n’avait plus d’armée réussit à organiser la mise en marche d’un million d’hommes. La guerre était dans l’ordre des choses : chaque génération en avait connu une ; à l’exemple de ses aïeux, Charlemagne fit ses bagages, pansa les bêtes comme à son habitude, et prit le chemin de Mérives avant l’aube, tandis que la ferme sommeillait encore. »
Né dans une ferme pauvre des environs de Lyon, Charlemagne va connaître le destin exceptionnel d’un enfant de la République littéralement brûlé par l’ambition. Puissant, dur au mal et sans grande considération pour les obstacles, cette force de la nature fera des sillons maigres de la terre de France le socle d’une industrie naissante. Se savoir obéi dès le plus jeune âge et porter cet étrange patronyme détermine-t-il la place d’un homme dans le monde ? Mais que reste-il d’un empire, une fois le tyran tombé ?
Vaste saga historique et familiale, L’Affaire des vivants, premier roman de Christian Chavassieux à paraître aux Éditions Phébus, est aussi le portrait épique d’un pays au carrefour de son histoire.
 
 
Critique :
 
J'ai pu lire ce roman en avant-première dans le cadre de l'opération "Explorateurs de la rentrée littéraire 2014". Je remercie pour cela le site lecteurs.com et les éditions Phébus.

Véritable force de la nature, Charlemagne est un personnage intelligent qui, parce qu'il est affublé d'une famille de parasites incultes, veut prendre sa revanche sur la vie. Il a de grands projets pour s'élever en société et met tout en œuvre pour arriver à ses fins, jusqu'à créer un véritable petit empire industriel dans la campagne lyonnaise de la fin du XIXème - début du XXème siècle.
L'intrigue de cette saga familiale et industrielle est passionnante et le style de l'auteur très agréable à lire, je ne me suis pas ennuyée pas un seul instant, d'autant plus que la succession de courts chapitres induit un rythme de lecture rapide. Mon seul petit regret a été de n'éprouver aucune empathie pour les personnages, à cause d'une distanciation voulue par l'auteur. En effet, Christian Chavassieux se met en scène et se présente comme le narrateur de l'histoire avec des phrases telles que « Joseph-Antoine Pajaud était un fieffé coquin, c'est moi qui vous le dis et vous pouvez me croire : je l'ai fabriqué dans ce seul but. », « La grande difficulté à laquelle je me heurte est la représentation de mon couple de bourgeois, les Feigne, le père et la mère de ma petite Alma. Je mets tout mon amour pour mes personnages afin de leur éviter de tomber dans la caricature, mais rien n'y fait; les Feigne sont exemplaires de ce que le siècle a construit de plus obtus et confit, dans le genre bourgeois de province. » : cela n'aide pas à s'identifier aux personnages, mais montre bien qu'il s'agit d'une pure fiction…
 
 
Notation :
 
9/10.
 
 
 
 

mardi 19 août 2014

Tristesse de la terre. Une histoire de Buffalo Bill Cody, d'Eric Vuillard

Fiche technique :
 
Auteur : Eric Vuillard
Titre : Tristesse de la terre : une histoire de Buffalo Bill Cody
Editeur / Collection : Actes Sud / Un endroit où aller
Nombre de pages : 144
Date de parution : Août 2014
 
 
Quatrième de couverture :
 
« Alors, le rêve reprend. Des centaines de cavaliers galopent, soulevant des nuages de poussière. On a bien arrosé la piste avec de l'eau, mais on n'y peut rien, le soleil cogne. L'étonnement grandit, les cavaliers sont innombrables, on se demande combien peuvent tenir dans l'arène. C'est qu'elle fait cent mètres de long et cinquante de large ! Les spectateurs applaudissent et hurlent. La foule regarde passer ce simulacre d'un régiment américain, les yeux sortis du crâne. Les enfants poussent pour mieux voir. Le cœur bat. On va enfin connaître la vérité. »
 
 
Critique :
 
J'ai pu lire ce livre en avant-première dans le cadre de l'opération "Explorateurs de la rentrée littéraire 2014". Je remercie pour cela le site lecteurs.com et les éditions Actes Sud.

Dans Tristesse de la terre, Eric Vuillard nous plonge dans l'envers du décor du "Wild West Show", célèbre spectacle de Buffalo Bill qui fut produit dans de nombreux pays en cette fin de XIXème siècle. Chaque chapitre, illustré d'une photographie d'époque, nous éclaire sur un point en particulier : la vie de William Cody (alias Buffalo Bill), le sort des indiens d'Amérique, la mise en scène et les tournées du "Wild West Show"...
Avec une écriture intelligente et agréable à lire, l'auteur nous entraine dans un récit passionnant et bouleversant qui aborde de nombreux thèmes : entre reconstitutions de batailles, travestissement de l'histoire et mise en place de spectacles de masse, vous apprendrez assurément beaucoup.
 
 
Notation :
 
8/10.
 
 
 
 

samedi 16 août 2014

Les hommes meurent les femmes vieillissent, d'Isabelle Desesquelles

Fiche technique :
 
Auteur : Isabelle Desesquelles
Titre : Les hommes meurent les femmes vieillissent
Editeur / Collection : Belfond / Domaine français
Nombre de pages : 224
Date de parution : Août 2014

 
Quatrième de couverture :

Elles sont mères, sœurs, cousines ou nièces, petites et arrière-petites-filles. Dix femmes d'une même famille se croisent, se toisent, s'aiment et se racontent à l'Eden, l'institut de beauté d'Alice. Elles y disent sans détour les heures qui ont marqué leur existence faite de désillusions, de joie et d'espoirs. L'amour et le sexe y sont en première ligne, ainsi que cet étrange compagnon, notre corps. Face à la complexité du lien entre les êtres, ces dix-là ont trouvé leur modus vivendi. Toutes, sauf Eve, l'absente, sans laquelle les dix ont appris à vivre.
Tour à tour troublants, provoquants, mélancoliques et fantasques, les hommes meurent, les femmes vieillissent.

 
Critique :

J'ai pu lire ce roman en avant-première dans le cadre du "Prix du roman Fnac". Je remercie pour cela la Fnac et les éditions Belfond.

Dans un style agréable à lire, Isabelle Desesquelles nous invite à découvrir un institut de beauté "où on est bien", où les clientes sont appelées "les plus belles femmes", où chaque rendez-vous est une rencontre. Il est fréquenté par les membres d'une même famille, d'âges et d'horizons divers, avec des sensibilités différentes, mais tous liés par des souvenirs communs, pas toujours agréables.
Chaque chapitre est consacré à un membre de la famille : il s'ouvre sur la fiche cliente rédigée par Alice, l'esthéticienne, puis vient le temps des confidences. Amour, famille, relations aux hommes ou au corps, toutes se racontent et évoquent en filigrane Eve, qui s'est suicidée quelques années auparavant. Eve aura son chapitre également, le dernier du roman, qui viendra clore une lecture riche en émotions.

 
Ma note :

8/10.



 

mardi 8 juillet 2014

Louange des mousses, de Véronique Brindeau

Fiche technique :

Auteur : Véronique Brindeau
Titre : Louange des mousses
Editeur / Collection : Philippe Piquier / Japon
Nombre de pages : 96
Date de parution : Mars 2012


Quatrième de couverture :

C'est bien au Japon que l'on cultive et admire les mousses modestes, que l'Occident ignore si souvent. En elles se lisent pourtant l'éternité des dieux, la constance du cœur, l'accord avec le temps qui passe et se dépose sur les pierres. Entrer dans l'univers des mousses, c'est accéder aussi à ces valeurs fondamentales de l'esthétique japonaise : sobriété, naturel, goût pour la patine et les marques du temps que l'on nomme sabi, simplicité élégante et teintée d'archaïsme, doublée d'un attrait pour la quiétude et le retrait du monde que l'on nomme wabi.
C'est à un voyage que nous convie ce livre : voyage dans des paysages de mousses, voyage intérieur autant que poétique dans les jardins du Japon, tant il est vrai que la langue japonaise donne aussi aux nuages, aux îles des jardins, à leurs lanternes de pierre comme aux mousses, ces noms qui enchanteront les lecteurs français.


Critique :

A Yoshino
sur la cime du mont Aoné
le tapis de mousse
qui donc l'aura tissé
sans trame ni chaîne
Anthologie du Manyôshû, livre VII, poème 1120.
 
Cet essai est une invitation à la flânerie au milieu de jardins japonais... mais pas n'importe quels jardins : les jardins de mousses. Aidée de citations, haïkus et autres poèmes, l'auteur nous fait découvrir ces végétaux peu appréciés en Europe. Classification végétale, linguistique, courants architecturaux, histoire du Japon, us et coutumes, tout est mis en œuvre pour nous faire découvrir et aimer les mousses. Mis en valeur par une dizaine de photographies - certaines sont superbes - le texte, qui se veut à la fois didactique et poétique, est néanmoins parfois difficile à lire. Dommage, car du coup l'immersion dans ces jardins contemplatifs n'est pas totale...


Notation :

6/10.




mardi 24 juin 2014

La Vallée aux crânes - Saison 1 intégrale : Que d'os ! Que d'os !, de Françoise Benassis

Fiche technique :

Auteur : Françoise Benassis
Titre : Que d'os ! Que d'os !
Série / Volume : La vallée aux crânes, intégrale saison 1
Editeur / Collection : La Bourdonnaye / Pulp 
Nombre de pages : 125
Date de parution : Mars 2014


Quatrième de couverture :

Les choses ont mal tourné dans la vallée des Merveilles, à l’estive de 1945. Que s’est-il passé, là haut, à cinq heures de marche du village d’en bas, entre la France et l’Italie, entre le refuge des Savants, le pas du Diable et la caserne ?
La question se pose, en 1950, lorsque Image, le chien du maître berger Maestro Paolo, déterre des ossements humains et des crânes percés en leur sommet, disséminés le long du chemin de transhumance. Les souvenirs affluent dans l’esprit de chacun, et les sales secrets ressurgissent comme les crânes percés.
Maestro Paolo enquête auprès des bergers, plus têtus que des bourriques, plus muets que des morts. Justement, qui sont-ils, ces morts déterrés par les chiens ? Qui sont le ou les assassins, et pourquoi un tel carnage s'est-il produit ? Que savent le Père, la Mère, les jumeaux, Luigi et les autres ? Se pourrait-il que Maestro Paolo cache aussi quelque chose ?
Pourquoi la vallée des Merveilles est-elle devenue, par la folie des hommes, La Vallée aux crânes ?


Critique :

J'ai lu Que d'os ! Que d'os ! dans le cadre de l'opération Masse critique de Babelio ; je remercie Babelio ainsi que l'éditeur, La Bourdonnaye, pour m'avoir permis de découvrir ce titre.
Que d'os ! Que d'os ! regroupe les 6 épisodes de la saison 1 d'un feuilleton sorti dans un premier temps sous format numérique. Cette "intégrale" existe à la fois sous format numérique et sous format papier ; j'aime bien cette idée qui permet au final de toucher un plus large public.
Mon avis concernant la lecture est plutôt mitigé. Le style de l'auteur est agréable à lire, et j'aime bien le fait que le narrateur soit un chien, c'est assez original. Image (ainsi nommé car il est "sage comme une image") nous raconte ce qui s'est passé pendant l'estive de 1945, avec ses mots, ses incompréhensions (le comportement des humains n'est pas toujours facile à déchiffrer), le tout en sautant du coq à l'âne car, comme tout bon chien qui se respecte, il se laisse facilement distraire... C'est au niveau de l'histoire que j'ai été un peu déçue. En effet, la quatrième de couverture m'avait fait miroiter du mystère, une enquête difficile dans un lieu chargé d'histoire ; malheureusement, il n'y a rien de tout cela. Une main est déterrée par Image épisode 4, et un crâne est découvert épisode 6 : du coup quand le livre se termine, on entre à peine dans l'enquête ! Tout ce qu'il y a eu auparavant n'a servi qu'à nous présenter les différents protagonistes, les lieux et l'histoire de la vallée des Merveilles... d'où ma déception. Il faudra donc attendre la saison 2 pour entrer enfin dans le vif du sujet, du moins je l'espère !
En tout cas, vous pourrez vous faire votre propre opinion sur le premier épisode, car il est en téléchargement gratuit (et légal) ici. L'épisode se lit en 20 minutes, testez-le...


Notation :

6,5/10.



mardi 27 mai 2014

Georgia, de Julien Delmaire

Fiche technique :
 
Auteur : Julien Delmaire
Titre : Georgia
Editeur / Collection : Grasset / Littérature française
Nombre de pages : 248
Date de parution : Août 2013
 
 
Quatrième de couverture :
 
Georgia est une chanson.
Georgia est une jeune femme perdue.
Georgia est un roman d'amour : deux êtres à la dérive se rencontrent, se racontent, dans une parenthèse en clair-obscur, au cœur de la ville, ici et maintenant.
Venance écoute, Georgia parle, et de sa voix jaillissent des paysages. L'enfance résonne avec les derniers accords de Joy Division.
« La vie de Georgia commence à peine, que déjà les heures épuisent le sablier. Le bluesman reprend son souffle. La chanson passe de bouche en bouche. L'amour, l'amour nous déchirera à nouveau. »
 
 
Critique :
 
Georgia est un roman dans lequel j'ai eu du mal à rentrer. Beaucoup de mal. Je n'accrochais pas du tout avec le style de l'auteur, plein de métaphores, d'allégories et d'envolées poétiques. Mais je me suis accrochée ; j'ai changé de lecture, et puis je suis revenue, désirant donner au roman une seconde chance. Et là, il y a eu un déclic. J'ai dévoré Georgia dans la journée, me laissant porter par le texte de Julien Delmaire, par son rythme.
Concernant l'histoire, elle n'est pas très gaie ; d'ailleurs elle commence par la mort de Venance, le personnage principal. Sans-papiers africain vivant de petits boulots, dans la crainte de se faire contrôler et expulser, Venance voit son morne quotidien bouleversé par sa rencontre avec Georgia, jeune femme un peu paumée qui noie ses souvenirs dans l'alcool et la drogue. Il tombera amoureux d'une chimère et y perdra tout, tandis que Georgia sombrera dans la déchéance... L'intrigue du roman est simple, elle nous entraîne dans le monde des sans-papiers et des exclus de la société, mais mis à part Venance je n'ai trouvé aucun personnage sympathique ni attachant... je pense que le style très (trop ?) travaillé de l'auteur empêche de ressentir de l'empathie pour eux, il crée une distance entre le lecteur et les faits...

Voici deux courts extraits du roman pour vous faire une idée du style de Julien Delmaire :
Je ne veux plus refléter votre monde, mon front n'a plus besoin de sources, il se nourrit à la moelle des fureurs. Je n'accepte plus le lait de vos néons, la bonté de vos draps secs, la commisération de vos plateaux-repas. Mes orbites appartiennent aux aïeux, au pus des blessures immémoriales. Mes yeux ne seront plus des fanaux pour que vous accostiez à mes rivages vos cargos de justice. Votre justice ne passera plus par mes yeux. (page 26)
Fillette, elle courait sur les plages, avec comme seul allié le vent. Les cheveux coupés courts, les jambes tatouées d'hématomes joyeux, elle volait, puis retombait, ses pas s'imprimaient sur le sable. Elle courait pour rattraper l'horizon, au loin, derrière les dunes ; c'était le nadir qu'elle désirait, la connexion secrète qui faisait le ciel se tendre comme un cordage... Longues-sur-Mer... Le jour hémophile abandonnait ses premières ténèbres sur la mer... Le soleil flanchait, s'abandonnait à la vague... Pour un jeune alchimiste au verbe haut, cela eût pu sembler l'éternité, mais pour une gamine insolente, l'éternité n'était que chimère. La fillette revenait par les falaises, le chemin des trépassés, elle s'écorchait dans les futaies, les chardons sur la berge ; enfin, elle remontait vers la maison de son oncle, au bord d'une route qui ne serait jamais une route. A l'entrée de la maison, elle se débarbouillait avec son tee-shirt. Elle se voulait liquide, sa peau se confondait avec celle des anguilles, spumeuse et bleuâtre. Georgia se désolait que la mer ne l'eût pas enfantée, que les branchies carbonisées sur le sable de sa naissance ne repoussent jamais... (pages 114-115)


Ma note :

6,5/10.