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lundi 9 mars 2020

Le libraire de Cologne, par Catherine Ganz-Muller

Fiche technique :

Auteur : Catherine Ganz-Muller 
Titre : Le libraire de Cologne
Editeur : Scrinéo
Nombre de pages : 288
Date de parution : Février 2020
Public : A partir de 14 ans


Quatrième de couverture :

Quand l’amour des livres est plus fort que la haine…
Cologne, Allemagne. 1934.
Poussé à l’exil par les lois anti-juives, le libraire Alexander Mendel est obligé de s’exiler en France avec sa famille. Il confie sa Librairie à son jeune employé, Hans Schreiber.
Par fidélité à son mentor et par haine du régime nazi, Hans décide de se battre, malgré les menaces et les bombes, pour que la Librairie continue à vivre dans cette période tragique.
Le combat d’un libraire, héros ultime d’un pays où règnent la haine et la terreur, qui tente de faire triompher les livres… et la liberté.


Avis :

Le libraire de Cologne est un roman jeunesse qui plaira sans aucun problème à un lectorat adulte. Inspiré d'une histoire vraie - le combat d'un libraire pour que l'accès à la culture demeure envers et contre tous, malgré la barbarie, les pénuries et les bombes - il aborde des thèmes forts tels que le dévouement, la résistance, la survie, le combat pour la liberté.
« A partir de ce jour, Hans fut l'élève du meilleur professeur qui soit : Alexander Mendel. Alexander le laissait fureter de rayon en rayon, toucher les livres, les classer, les aligner, les feuilleter, les sentir. Chacun a un parfum particulier. Quand ils arrivent tout neufs sortis de l'imprimerie, Hans les ouvre et plonge son nez dans la pliure pour humer avec délice l'odeur d'encre fraîche. Chaque livre est une rencontre. Chaque livre recèle un monde à découvrir. Chaque livre est une nouvelle évasion. Hans apprit son métier sans s'en rendre compte.»
Les personnages du roman sont attachants, en particulier Hans qui m'a tout de suite plu avec sa droiture et son amour des livres. Au fil des rencontres, plus ou moins belles, qu'il a pu faire pendant la période 1934-1945, c'est tout le destin d'un peuple qui se dévoile. Cela  nous permet d'appréhender ce qui s'est passé pendant cette période extrêmement troublée (exils, internements abusifs, restrictions, violences gratuites, dénonciations, etc.) et de saisir l'état d'esprit d'une population allemande divisée. 

Les chapitres sont courts. Chacun s'ouvre sur une date, plus ou moins proche de la précédente ; bien souvent plusieurs mois se passent entre deux chapitres, parfois les jours se suivent quand les événements s'accélèrent. Ces instantanés de vie sont passionnants et nous permettent de suivre l'évolution des différents personnages. Ils permettent également de suivre les différentes étapes du combat pour la sauvegarde de la librairie : Hans donne le meilleur de lui-même, il va au bout de ses forces et ne perd pas espoir, même quand tout semble terminé. L'émotion est à fleur de mots, toujours présente sans être excessive, sans tomber dans le pathos. J'ai souvent eu la larme à l’œil, mais je n'ai pas pu lâcher cette histoire tellement je l'ai trouvée belle et inspirante. Ce roman m'a touchée et m'a fait réfléchir, et rien que pour cela je vous le conseille vivement.

A la fin du roman, une chronologie historique et un glossaire permettent à ceux qui le souhaitent d'approfondir le contexte dans lequel évoluent les personnages. Un petit plus très appréciable pour les lecteurs qui ne sont pas familiers avec cette période de l'histoire allemande.




lundi 2 septembre 2019

UnPur, par Isabelle Desesquelles #chroniquelecture

Fiche technique : 

Auteur : Isabelle Desesquelles 
Titre : UnPur 
Editeur / Collection : Belfond / Pointillés 
Nombre de pages : 224 
Date de parution : Août 2019


Quatrième de couverture :

Garder ce qui disparaît, c’est l’œuvre d’une vie. C’est notre enfance.

Benjaminquejetaime et Julienquejetaime, c’est ainsi que leur mère les appelle. Tous les trois forment une famille tournesol aux visages orientés vers le bonheur. Le destin en décide autrement quand un inconnu pose les yeux sur les jumeaux, se demandant lequel il va choisir.
Quarante ans plus tard s’ouvre le procès du ravisseur, il n’est pas sur le banc des accusés, et c'est sa victime que l'on juge.
Quand l’enfance nous est arrachée, quel humain cela fait-il de nous ?
De l’Italie – Bari et Venise – au Yucatán et ses rites maya ancestraux se déploie ici l’histoire d’un être dont on ne saura jusqu’au bout s’il a commis l’impardonnable.

À sa manière frontale et poétique, Isabelle Desesquelles joue avec la frontière mouvante entre la fiction et le réel, et éclaire l’indicible.
Roman de l’inavouable, UnPur bouscule, envoûte et tire le fil de ce que l’on redoute le plus. 


Avis :

UnPur est un coup de poing littéraire, un roman cruel, à la fois violent et poétique. Un roman dérangeant, qui ne peut laisser indifférent. Un roman auquel on ne peut s'empêcher de penser, même quand il est fermé, même quand il est terminé. Isabelle Desesquelles m'avait bouleversée l'année dernière avec son Je voudrais que la nuit me prenne, elle recommence cette année avec cet UnPur écrit dans le même style sensible et empreint de poésie.
« C'est tellement facile de blesser un enfant. Un petit, on peut le bousiller, juste pour voir, et en être impuni. Recommencer, franchir la limite, et on y va. »
La cruauté des adultes, l'enfance détruite, les souvenirs trompeurs, les silences et les non-dits qui blessent, la rédemption et le pardon impossible... autant de sujets abordés dans ce roman au titre évocateur, à double sens. C'est l'histoire d'un petit garçon victime d'un pédophile et qui craindra toute sa vie d'adulte de lui ressembler, d'avoir les mêmes penchants que lui. Un petit garçon brisé qui raconte son histoire quarante ans plus tard, mêlant souvenirs heureux et abjects, rires et peurs, espoirs et désespoir, réalité et fantasmes. Le récit est noir, parfois difficile à supporter malgré quelques magnifiques éclaircies, mais c'est ce qui fait sa beauté et le rend inoubliable. Le lecteur, happé par la plume addictive de l'auteur, ne cesse de s'interroger, de chercher la vérité et d'espérer une possible rédemption. Suivez mon conseil, ne passez pas à côté de ce roman !

Merci au site Babelio ainsi qu'aux éditions Belfond pour cette belle claque littéraire.




lundi 30 juillet 2018

Je voudrais que la nuit me prenne, par Isabelle Desesquelles

Fiche technique :

Auteur : Isabelle Desesquelles
Titre : Je voudrais que la nuit me prenne
Editeur / Collection : Belfond / Pointillés
Nombre de pages : 204
Date de parution : Août 2018


Quatrième de couverture :

« Leur mensonge préféré aux parents, ils viennent le soir vous dire au revoir, on est à moitié endormis et eux vous murmurent "Je serai toujours là, mon délice, mon ange de la joie douce, merveille de l'amour enchanté', ils caressent votre front, que ça rentre bien dans votre tête. Ce doit être pour cela que ça fait si mal le jour où ce n'est plus vrai, où la main d'un père ou d'une mère ne se posera plus sur le front d'un enfant que l'on n'est plus depuis longtemps. Et si cela arrive vraiment trop tôt, on est fauché net. On peut mourir et vivre longtemps. »
Loin du bruit du monde, Clémence grandit auprès de parents rivalisant de fantaisie. Mais elle n'a pas la voix d'une petite fille et ses mots sont ceux d'un mystère cruel. Que s'est-il passé pour que l'innocence se borde ainsi de noir ?
Plongée vertigineuse et poétique dans l'univers de l'enfance, Je voudrais que la nuit me prenne raconte le danger du bonheur. Entre trouble et éclairs de joie, ce roman explore le lien fragile et inaltérable qui nous unit à nos plus proches.
Et la redoutable force du souvenir.


Avis :

Très beau roman d'Isabelle Desesquelles, à paraître pour la rentrée littéraire 2018, Je voudrais que la nuit me prenne explore un sujet difficile de manière poétique.
« A quel moment j'ai compris que pour mes parents je comptais plus que tout ? Que même avec des mauvaises notes, même moins jolie, même pas gentille, je compterais plus que tout pour eux. Plus que notre maison, plus que la mer pour maman, plus que ses livres, plus que tous les élèves réunis de papa, plus que mille milliards de montagnes d'or. Que pour l'un et l'autre je comptais plus qu'eux-mêmes, passais avant ma mère pour mon père, avant mon père pour ma mère, qu'ils m'aimaient à ce point. A quel moment un enfant le comprend ? Et il en fait son socle. On a beau être le plus amoureux des amoureux on ne peut pas faire autrement notre enfant vaut plus que tout. » 
Comment vous parler de ce roman sans en dévoiler le ressort principal ? Je me suis longuement posé la question ... 
Clémence, presque huit ans, vit une enfance heureuse auprès de parents fantasques et aimants. Une vie proche de la nature, entre l'école et les jeux, la belle littérature et les histoires de famille compliquées, la découverte du corps et des premiers émois amoureux... Clémence nous raconte tout, son présent et ses souvenirs d'un passé pas si lointain qui s'entremêlent, ses regrets et le futur qu'elle espère. C'est beau, empreint d'une certaine poésie, mais bien vite le malaise s'installe pour le lecteur. Quelques réflexions paraissent étranges dans la bouche d'une petite fille, quelques indices disséminés ici et là laissent présager un drame qu'elle refusera longtemps d'aborder. Une fois ce secret découvert, le texte prend un autre sens. Bouleversant. Prenant le lecteur aux tripes, le roman ne peut laisser indifférent. Il nous raconte la vie, l'amour, l'impossibilité de l'oubli. Des thèmes forts, traités de manière poignante par l'auteur dont la plume virevolte d'une scène à une autre, nous emportant avec passion dans le sillage de la petite Clémence. Cette très belle histoire va me marquer durablement tant elle m'a émue et fait réfléchir.
 
Merci au site Babelio ainsi qu'aux éditions Belfond pour cette belle découverte littéraire.




mardi 24 juillet 2018

Un matin ordinaire, de Marjorie Tixier

Fiche technique :

Auteur : Marjorie Tixier
Titre : Un matin ordinaire
Editeur / Collection : Librinova / Littérature générale
Nombre de pages : 228
Date de parution : Juin 2018


Présentation éditeur :

Laurence rêve d’un grand voyage mais son mari manque de confiance en lui pour l’emmener à l’autre bout du monde. Et puis surtout, elle a deux petites filles et un père gravement malade. Alors, pour s'évader et se ressourcer, elle court chaque vendredi à heure fixe, selon un rituel immuable.
Ce jour-là, pourtant, une rencontre inattendue l'attend...
C'est donc par un matin ordinaire que le destin de Laurence va basculer et redistribuer les cartes d'une vie de famille jusque-là bien réglée.

Roman polyphonique, Un Matin ordinaire a reçu le premier prix du concours Librinova "Un merveilleux malheur".


Avis :

Superbe roman choral, Un matin ordinaire de Marjorie Tixier est la preuve qu'Auto-édité peut rimer avec Qualité.
 
Un matin ordinaire est la version revue et augmentée d'un très beau roman que j'avais beaucoup aimé, Emmène-moi à Valparaíso. Sorti en 2015, ce dernier avait remporté le premier prix du concours "Nos lecteurs ont du talent" / "Découverte Fnac", un prix largement mérité. Si vous souhaitez découvrir mon avis de 2015, c'est ICI que cela se passe. Et qu'en est-il pour 2018 ? Mon avis n'a globalement pas changé : j'ai adoré cette lecture qui, par rapport à l'édition de 2015, apporte de nombreuses réponses à la fin qui était restée ouverte.
 
Laurence a un rituel bien ancré depuis des années : chaque vendredi matin, elle va courir dans les bois, seule. Empruntant le même trajet, aux mêmes horaires, elle tient absolument à ce moment de liberté, d'évasion, au grand dam de son époux qui craint pour sa sécurité. Mais que pourrait-il lui arriver dans cette petite commune des Alpes où tout le monde se connait ? Il suffira pourtant d'une rencontre malheureuse pour que sa vie bascule, entrainant avec elle tout son entourage...
L'histoire, assez simple, est très intéressante. Elle nous fait réfléchir de manière sensible et délicate aux problèmes de la reconstruction suite à un évènement traumatisant. Les émotions sont vraies, les réactions des personnages également. Tout le monde ne réagit pas de la même manière face à l'irruption de la violence dans sa vie quotidienne et le fait que chaque chapitre donne la parole a un personnage différent permet d'appréhender tout un panel d'émotions : peur, colère, déni, isolement ou ouverture aux autres... que ce soient des enfants, de jeunes adultes ou des personnes âgées, tout le monde a sa manière bien personnelle de faire face à l'adversité.
J'aime beaucoup le style de l'auteur Marjorie Tixier, dont j'avais également apprécié le roman La danse du feu. Sa plume est fluide et agréable à lire. D'une grande justesse et d'un optimisme communicatif. Elle sait parfaitement bien insuffler la vie à ses personnages, ce qui les rend crédibles et attachants. Le fait que le roman soit polyphonique, que chaque chapitre se concentre sur un personnage en particulier qui nous fait entendre sa voix est une très bonne idée. Le portrait de l'héroïne se dessine peu à peu, au gré de l'alternance des points de vue, tout comme l'intrigue d'ailleurs. Les chapitres défilent rapidement, les uns après les autres, sans jamais perdre le lecteur.

Je vous recommande chaudement ce roman, l'essayer c'est l'adopter ! Vous pouvez lire les premières page d'Un matin ordinaire ICI, j'espère que cela vous donnera envie d'en découvrir plus.



 

jeudi 12 avril 2018

Les silences de Lucie, par Alice Pasina

Fiche technique :
 
Auteur : Alice Pasina
Titre : Les silences de Lucie
Editeur / Collection : Incartade(s) éditions / Littérature française
Nombre de pages : 347
Date de parution : Janvier 2018
 
 
Quatrième de couverture :
 
Derrière l’apparence d’un bonheur lisse et idéal, que sait-on vraiment de l’intimité d’un couple ?
Quatre beaux enfants, un mariage solide, un joli pavillon et une carrière d’institutrice dans laquelle elle s’investit au-delà de sa salle de classe, Lucie mène une vie trépidante, totalement dévouée aux autres, où elle se réserve néanmoins quelques précieux moments de liberté.
Lucie a tout pour être heureuse, à moins que… Dès que Ludovic, son mari, rentre du travail, il semble attendre qu’elle se plie au moindre de ses désirs. Lucie est-elle en danger dans cette relation trouble ?
Et quel est ce lourd secret qui la hante depuis l’enfance ? Le miroir aux illusions va bientôt voler en éclats.
 
 
Avis :
 
L'auteure Alice Pasina m'a bluffée avec Les silences de Lucie. Pour un premier roman, c'est une vrai réussite ! Partant d'un sujet difficile, la violence quotidienne faite aux femmes, Alice Pasina nous livre un récit sensible et intelligent, sans céder à la facilité.
 
Ecrit à la première personne du singulier, Les silences de Lucie nous plonge directement dans le quotidien et les pensées de l'héroïne éponyme : son travail d'institutrice dans un quartier difficile, son investissement social pour aider les familles menacées de violences domestiques ou de reconduite aux frontières, sa passion pour les biographies d'artistes italiens de la Renaissance... mais également la monotonie de sa vie auprès de ses enfants et de son époux et l'impression qu'elle a de mourir à petit feu. Peu à peu, le malaise s'installe. Son apparente vie idyllique se fissure, la violence se dévoile, les souvenirs douloureux remontent à la surface. Et puis le doute apparait, les certitudes disparaissent, au point que le lecteur ne sait plus s'il peut continuer à croire ce que raconte Lucie...
 
La plume d'Alice Pasina est agréable à lire : simple, sans chichis, on a l'impression qu'une amie nous raconte son histoire, tout simplement. Les pages défilent sans que l'on s'en rende compte tellement est grande l'envie d'en apprendre davantage. Les révélations, les secrets de famille et le malaise qui s'installe de manière insidieuse donnent un roman sous tension, palpitant. Ce n'est pas un thriller, mais l'effet sur le lecteur est le même. Une réussite, je vous l'ai dit !
 
Un immense merci aux éditions Incartade(s) pour ce partenariat. Je vous recommande chaudement ce premier roman, et je peux vous affirmer qu'Alice Pasina fait désormais partie de ces auteurs dont je lirais les prochains écrits sans hésiter.



mercredi 21 février 2018

En ton âme et conscience..., par Claire Norton

Fiche technique :

Auteur : Claire Norton
Titre : En ton âme et conscience...
Editeur : France Loisirs
Nombre de pages : 420
Date de parution : Janvier 2018


Résumé :

Evan est un chirurgien reconnu, un beau quadra qui a tout pour plaire. Pourtant il cache un profond traumatisme : à 12 ans, il a vu sa petite sœur Kelsie se faire kidnapper sous ses yeux. Tétanisé par le choc et la peur, il n’a rien pu faire, ce qu’il ne se pardonne toujours pas.
Dans le parc de l’hôpital, Evan est abordé par un petit garçon de 10 ans, plutôt dégourdi, qui veut absolument engager la conversation avec lui. Il affirme que Kelsie est vivante mais qu’elle court un grand danger. Le petit garçon promet de le conduire à sa sœur, mais à une condition qui pourrait faire basculer la vie d’Evan…


Avis :

Premier roman de Claire Norton, En ton âme et conscience... m'a bouleversée à tel point que j'étais en larmes pratiquement à chaque chapitre. Je suis du genre hyper sensible donc en général j'évite de lire des drames, mais là je pensais avoir affaire à un policier et je ne me suis pas méfiée... Alors oui, il y a une enquête policière, du mystère et du suspense, un peu de fantastique également, mais il y a surtout des catastrophes et des vies brisées, des accidents et le sort qui semble s'acharner.
Les principaux thèmes abordés par ce roman sont la culpabilité, le pardon, la deuxième chance, la fin de vie et le deuil... Des thèmes qui m'ont vraiment touchée, qui m'ont fait réfléchir et qui m'ont émue jusqu'aux larmes.

Les personnages sont nombreux ; trop peut-être, c'est le seul reproche que je pourrais faire. L'auteur nous fait suivre plusieurs destins tragiques en parallèle : un médecin solitaire, une jeune fille qui tue son père violent, une famille anéantie par un accident de la circulation, une femme suicidaire, un homme dans le coma... Ils n'ont aucun lien entre eux à priori, mais au fur et à mesure de l'avancée de l'intrigue on se rend compte que tout est lié, comme un puzzle dont les pièces s'assembleraient peu à peu. Les personnages sont attachants pour la plupart, c'est un plaisir de suivre leurs parcours et de les accompagner jusqu'au bout de leurs possibilités. L'écriture est fluide, facile et agréable à lire. Pour un premier roman c'est plutôt une réussite.

A découvrir en avant-première chez France Loisirs, et dans toutes les bonnes librairies d'ici quelques mois...




dimanche 3 septembre 2017

La danse du feu, de Marjorie Tixier

Fiche technique :

Auteur : Marjorie Tixier
Titre : La danse du feu
Editeur : Auto édition (Amazon)
Nombre de pages : 200
Date de parution : Juin 2017


Quatrième de couverture :

Comment renouer avec une passion devenue inaccessible ? Pour se libérer et trouver la force de reprendre sa vie en main, Sarah décide d'apprendre à danser le flamenco...


Avis :

Sarah était une petite fille vive, aimant plus que tout danser et bouger librement au son de musiques entraînantes. Jusqu'au jour où un voisin âgé a eu envers elle des gestes indignes d'un homme. Apeurée, Sarah va changer physiquement et psychologiquement : elle veut s'effacer, tenter de devenir invisible ; elle ne sort plus, elle arrête de danser et se réfugie dans la lecture. Devenue adulte, une nouvelle rencontre va l'obliger à sortir de sa coquille.

L'histoire, qui s'inscrit dans le quotidien, est très belle. Elle regorge de sentiments et de non-dits dramatiques. Il est question de violence et de trahison, mais également d'amour, de pardon et de de reconstruction. Je suis sortie de cette lecture le cœur gonflé d'espoir. Sarah, la jeune héroïne, est à la fois forte et fragile ; elle affronte l'adversité avec courage et détermination, et même si elle a des hauts et des bas la musique est toujours présente pour lui redonner l'énergie nécessaire pour se battre contre le monde et ses démons. Sans être forcément d'accord avec toutes ses actions, on ne peut qu'être ému face à ce qu'elle doit traverser seule.

Le style de Marjorie Tixier est travaillé, il peut paraitre simple mais chaque mot a été choisi avec soin. Le texte a une musicalité certaine, les mots dansent et tourbillonnent, emportant le lecteur sur un rythme tantôt lent, tantôt rapide, au gré des émotions qu'éprouve la jeune Sarah. Le flamenco est là, tout au long du récit, sa présence dans les sonorités du texte ne fait aucun doute. J'ai été instantanément transportée dans ce roman que j'ai dévoré d'une traite, il m'a été impossible de le lâcher avant la dernière ligne.

Je connaissais déjà Marjorie Tixier avec Emmène-moi à Valparaíso que j'avais beaucoup apprécié. La danse du feu confirme son talent de conteuse, j'ai hâte de découvrir ses prochains écrits.

 
La danse du feu est à tout petit prix chez Amazon, profitez-en pour découvrir la plume de Marjorie Tixier 😊


 
 
 
 

vendredi 5 mai 2017

Quand la nuit devient jour, de Sophie Jomain

Fiche technique :

Auteur : Sophie Jomain
Titre : Quand la nuit devient jour
Editeur : France Loisirs
Nombre de pages : 238
Date de parution : Février 2017


Quatrième de couverture :

On m’a demandé un jour de définir ma douleur. Je sais dire ce que je ressens lorsque je m’enfonce une épine dans le pied, décrire le réchauffement d’une brûlure, parler des nœuds dans mon estomac quand j’ai trop mangé, de l’élancement lancinant d’une carie, mais je suis incapable d’expliquer ce qui me ronge de l’intérieur et qui me fait mal au-delà de toute souffrance que je connais déjà.
La dépression.
Ma faiblesse.
Le combat que je mène contre moi-même est sans fin, et personne n’est en mesure de m’aider. Dieu, la science, la médecine, même l’amour des miens a échoué. Ils m’ont perdue. Sans doute depuis le début.
J’ai vingt-neuf ans, je m’appelle Camille, je suis franco-belge, et je vais mourir dans trois mois.
Le 6 avril 2016.


Avis :
 
Je connaissais Sophie Jomain pour ses séries fantastiques et ses romances légères et rigolotes que j'apprécie beaucoup. Je la découvre ici dans un tout autre registre, beaucoup plus dramatique, mais tout autant maîtrisé. Quand la nuit devient jour m'a bouleversée, j'ai pleuré (beaucoup), j'ai espéré et j'ai frémi (un peu), et surtout j'ai ressenti énormément d'empathie pour les personnages. Sophie Jomain excelle à faire passer les émotions et les états d'âmes de ses héros, j'ai été alpaguée dès les premiers mots et je n'ai pu lâcher le roman avant le point final.
« Chaque personne devrait avoir le droit de mourir dignement. Quel que soit le mal dont elle souffre, invisible ou pas. »
Quand la nuit devient jour aborde un thème difficile et sensible, rarement abordé en littérature : l'euthanasie volontaire, ou euthanasie active. Camille, jeune franco-belge, n'en peut plus de vivre dans un état de souffrance perpétuelle. Elle n'arrive pas à habiter son corps depuis sa plus tendre enfance et a connu des phases de boulimie et d'anorexie plus ou moins importantes. Détestant son image, victime du regard des autres et parfois de leur méchanceté gratuite, elle s'enfonce dans une dépression sans fin que l'amour de sa famille, les séances d'analyse et les traitements médicamenteux n'arrivent pas à soigner. L'euthanasie active est son unique espoir d'en finir dignement avec la vie, et un jour sa demande est acceptée par le corps médical belge... Nous assistons alors aux dernières semaines de Camille : annonce à la famille, installation dans un centre de repos et séances avec le psy, ira-t-elle jusqu'au bout de sa démarche ?
Ecrit à la première personne, ce roman nous met au plus près de la souffrance de Camille. Nous vivons chaque angoisse, chaque blessure qui l'assaille. Que nous soyons pour ou contre l'euthanasie et le suicide assisté, nous ne pouvons que comprendre pourquoi la jeune femme en est arrivée à cette extrémité et respecter son choix. Car tout est là. Le choix de choisir sa mort à défaut d'avoir pu choisir sa vie. La tension monte au fur et à mesure que le compte à rebours s'égrène, une idylle voit doucement le jour et nous laisse un peu d'espoir quand à l'issue du roman. La lumière arrivera-t-elle à percer les ténèbres qui entourent la jeune Camille ? Vous le saurez en lisant cette très belle histoire... 



 

vendredi 9 septembre 2016

Le gratuit du vendredi : Dead Horse Point, de Daryl Gregory

Fiche technique :
 
Auteur : Daryl Gregory
Traducteurs : Alise Ponsero et Erwann Perchoc
Titre : Dead Horse Point
Editeur / Collection : Le Bélial' / e-Bélial' Nouvelles
Nombre de pages estimé : 29 (ebook)
 
 
Synopsis :
 
Physicienne de génie, probablement parmi les meilleures de sa génération, Julia est atteinte d'une affection particulière. Certaines personnes souffrent d'un trouble de déficit de l'attention ; le problème de Julia est tragiquement inverse. Depuis des années, son frère prend soin d'elle, mais Julia rappelle soudain son ancienne amante, Venya…
 
 
Avis :
 
Des retrouvailles après vingt ans d'absence, un barbecue entre amis, un coucher de soleil dans un lieu sauvage et magnifique... entre évocation de souvenirs et non-dits, on  sent bien qu'un drame se profile.
J'ai trouvé cette nouvelle, dont les thèmes principaux sont l'amour et l'abnégation, assez émouvante. L'intrigue est plutôt simple mais captivante, les personnages sont attachants, le texte est agréable à lire. J'ai tourné les pages sans m'en rendre compte et je suis arrivée à la dernière ligne un peu sonnée, à la fois ravie de ma lecture et déçue qu'elle se termine déjà. Une bien belle découverte en ce qui me concerne.


Modalités de téléchargement :
 
La nouvelle est disponible gratuitement sur le site de l'éditeur Le Bélial' (LIEN). Il suffit de vous identifier puis de cliquer sur le bouton Télécharger.
Si vous ne possédez pas encore de compte chez Le Bélial', l'inscription prend 30 secondes : une adresse mail valide, un mot de passe et un nom d'utilisateur à renseigner, c'est tout simple.


Formats disponibles : 
 
epub et kindle sans DRM pour les heureux possesseurs de liseuses ;
pdf pour lire sur l'ordinateur.



 

jeudi 12 mai 2016

Désolée, je suis attendue, d'Agnès Martin-Lugand

Fiche technique :

Auteur : Agnès Martin-Lugand
Titre : Désolée, je suis attendue
Editeur / Collection : Michel Lafon / Romans
Nombre de pages : 379
Date de parution : Avril 2016


Quatrième de couverture :

Yaël ne vit que pour son travail. Brillante interprète pour une agence de renom, elle enchaîne les réunions et les dîners d’affaires sans jamais se laisser le temps de respirer. Les vacances, très peu pour elle, l’adrénaline est son moteur. Juchée sur ses éternels escarpins, elle est crainte de ses collègues, et ne voit quasiment jamais sa famille et ses amis qui s’inquiètent de son attitude. Peu lui importe les reproches qu’on lui adresse, elle a simplement l’impression d’avoir fait un autre choix, animée d’une volonté farouche de réussir.
Mais le monde qu’elle s’est créé pourrait vaciller face aux fantômes du passé.


Avis :

En trois titres et plus d'un million d'exemplaires vendus, Agnès Martin-Lugand a su trouver son public. J'ai adoré ses trois précédents romans qui ont su tour à tour me charmer et m'émouvoir : Les gens heureux lisent et boivent du café, La vie est facile, ne t'inquiète pas et Entre mes mains le bonheur se faufile. Désolée, je suis attendue ne déroge pas à la règle, je me suis régalée avec cette lecture riche en émotions.
 
L'histoire en elle-même n'est pas très originale et suit plus ou moins le même schéma que les précédents romans. Si on aime, il n'y  pas de soucis. Après tout les romans d'Agnès Martin-Lugand se lisent plus pour l'ambiance et les émotions qui s'en dégagent que pour l'originalité d'une intrigue ! Il est ici question d'amitié vraie, d'amour, d'absence, de choix de vie... Avec beaucoup de délicatesse Agnès Martin-Lugand met en place une très belle histoire, crédible en ce qui concerne les émotions ressenties par les différents personnages. Ceux-ci sont sympathiques et attachants, en particulier Yaël qui n'avait pourtant rien pour me plaire : ambitieuse, égocentrique, méprisant à tour de bras collègues, amis et famille, elle représente ce que je déteste le plus. L'auteur a réussi le tour de force de me faire apprécier cette jeune femme que l'on pourrait croire vide, froide et aseptisée, mais qui cache en réalité une douloureuse expérience sous une carapace qui ne demande qu'à s'effriter.
Désolée, je suis attendue se dévore en un rien de temps. Le lecteur est happé par l'envie d'en découvrir toujours plus : le mystère du passé de Yaël, la découverte de sentiments que l'on croyait enfouis très profondément, les coups du sort... tout cela nous tient en haleine et nous entraîne dans une farandole d'émotions portée par la plume fluide et limpide d'Agnès Martin-Lugand.
 
Petit bonus pour les lecteurs assidus de l'auteur, le clin d'œil à son précèdent roman, Entre mes mains le bonheur se faufile : j'ai adoré retrouver les personnages d'Iris et de Gabriel, voir ce qu'ils sont devenus fut un réel plaisir. J'aime beaucoup cette idée d'interconnexion entre les romans, de petit monde qui se met doucement en place... Peut-être retrouvera-t-on une référence à Yaël dans le prochain roman d'Agnès Martin-Lugand ? En tout cas j'ai déjà hâte de le découvrir !

Merci au site Livraddict et aux éditions Michel Lafon pour ce partenariat que j'ai adoré !


 

samedi 16 avril 2016

Pietra Viva, de Léonor de Récondo

Fiche technique :

Auteur : Léonor de Récondo
Lecteur : Lazare Herson-Macarel
Titre : Pietra Viva
Editeur : Sixtrid
Durée : 3h55
Date de parution : Juin 2015


Présentation éditeur :

Michelangelo, en ce printemps 1505, quitte Rome bouleversé. Il vient de découvrir sans vie le corps d'Andrea, le jeune moine dont la beauté lumineuse le fascinait. Il part choisir à Carrare les marbres du tombeau que le pape Jules II lui a commandé. Pendant six mois, cet artiste de trente ans déjà, à qui sa Pietà a valu gloire et renommée, va vivre au rythme de la carrière, sélectionnant les meilleurs blocs, les négociant, organisant leur transport. Sa capacité à discerner la moindre veine dans la montagne a tôt fait de lui gagner la confiance des tailleurs de pierre. Lors de ses soirées solitaires à l'auberge, avec pour seule compagnie le petit livre de Pétrarque que lui a offert Lorenzo de Medici et la bible d'Andrea, il ne cesse d'interroger le mystère de la mort du moine, tout à son désir impétueux de capturer dans la pierre sa beauté terrestre.
Au fil des jours, le sculpteur arrogant et tourmenté, que rien ne doit détourner de son œuvre, se laisse pourtant approcher : par ses compagnons les carriers, par la folie douce de Cavallino, mais aussi par Michele, un enfant de six ans dont la mère vient de mourir. La naïveté et l'affection du petit garçon feront resurgir les souvenirs les plus enfouis de Michelangelo.
Parce qu'enfin il s'abandonne à ses émotions, son séjour à Carrare, au cœur d'une nature exubérante, va marquer une transformation profonde dans son œuvre. Il retrouvera désormais ceux qu'il a aimés dans la matière vive du marbre...


Avis :

J'ai découvert la plume de Léonor de Récondo avec Pietra Viva que j'ai testé en version audio sur le site Audible. Ce fut une révélation ! Ce roman est un condensé de beauté et d'émotion qui m'a transportée dans l'Italie de la Renaissance dès les premières lignes.
 
Pietra Viva est une magnifique histoire d'amour et de mort, de solitude et de renaissance. Le deuil, les souvenirs effacés (volontairement ou non), le poids des secrets et des non-dits, le regard des autres... tous ces thèmes sont traités avec justesse et délicatesse. J'ai adoré le personnage torturé (et quelque peu antipathique) de Michelangelo et la manière dont le jeune Michele et le fantasque Cavallino l'obligent à s'ouvrir au monde qui l'entoure. Le style de l'auteur est agréablement travaillé, le roman est rythmé, tant au niveau des sonorités qui s'en dégagent que du déroulement de l'intrigue. Le texte est intelligent sans être inaccessible, on (re)découvre certains éléments du métier de carrier et de la vie quotidienne au XVIème siècle avec beaucoup d'intérêt.
 
En ce qui concerne la partie "audio" du roman, je dois dire que je suis tombée sous le charme de la voix du lecteur, Lazare Herson-Macarel. Celle-ci est tout simplement sublime ! Envoûtante, à la fois douce et puissante, elle colle parfaitement au texte auquel elle apporte une dimension supplémentaire. On ne lit plus l'histoire, on la vit à travers le personnage de Michelangelo. Du grand art !
 
 
 
 

mardi 19 janvier 2016

La dernière nuit du Raïs, de Yasmina Khadra

Fiche technique :

Auteur : Yasmina Khadra
Titre : La dernière nuit du Raïs
Editeur : Julliard
Nombre de pages : 216
Date de parution : Août 215


Quatrième de couverture :

« Longtemps j'ai cru incarner une nation et mettre les puissants de ce monde à genoux. J'étais la légende faite homme. Les idoles et les poètes me mangeaient dans la main. Aujourd'hui, je n'ai à léguer à mes héritiers que ce livre qui relate les dernières heures de ma fabuleuse existence.
Lequel, du visionnaire tyrannique ou du Bédouin indomptable, l'Histoire retiendra-t-elle ? Pour moi, la question ne se pose même pas puisque l'on n'est que ce que les autres voudraient que l'on soit. »
Avec cette plongée vertigineuse dans la tête d'un tyran sanguinaire et mégalomane, Yasmina Khadra dresse le portrait universel de tous les dictateurs déchus et dévoile les ressorts les plus secrets de la barbarie humaine.


Avis :

« Ce que je dis est parole d’Evangile, ce que je pense est présage. Qui ne m’écoute pas est sourd, qui doute de moi est damné. Ma colère est une thérapie pour celui qui la subit, mon silence est une ascèse pour celui qui le médite. Je suis Mouammar Kadhafi… »

Je ne connaissais que peu de choses concernant Mouammar Kadhafi. Longtemps présenté comme le croquemitaine de l'Occident, dirigeant d'une main de fer un pays sous embargo, il était surtout célèbre pour ses harangues tonitruantes, ses méthodes expéditives et sa garde rapprochée d'amazones. Grâce au magnifique roman de Yasmina Khadra, j'ai découvert l'homme derrière le personnage.
Le temps d'une nuit, du 19 au 20 octobre 2011, sa dernière sur terre, Mouammar Kadhafi nous livre ses pensées et ses souvenirs, nous faisant découvrir le parcours d'un homme et l'histoire d'un pays. De son enfance pauvre de Bédouin au coup d'Etat qui l'a porté au pouvoir, c'est une vie de non-dits et de rancœurs qui est à l'origine de son ascension fulgurante. Et ce sont d'autres non-dits qui le mèneront à sa perte, personne dans son entourage n'osant lui dévoiler la dure réalité d'une situation devenue intenable. Aux prises avec une révolution populaire gangrénée par la barbarie islamiste, le Frère Guide perdra tout, jusqu'à sa vie, sans pour autant se renier.
 
Le style de Yasmina Khadra est, une fois de plus, captivant. Le ton est juste, réaliste, on pourrait vraiment penser lire les mémoires de Khadafi que l'on imagine sans peine gesticuler, déversant sa haine et sa colère sur le monde. L'écriture est riche et imagée, parfois poétique. La tension monte petit à petit, au fur et à mesure que s'écoule la nuit, pour aboutir au final haletant et inoubliable.
Du grand art, que j'ai dévoré d'une traite !
 



Et voici, pour les matchs de la rentrée littéraire PriceMinister, l'interview (très très) imaginaire de Mouammar Kadhafi. Les questions sont © Andrée la papivore, reporter de l'extrême (^_^') et les réponses sont des citations extraites de La dernière nuit du Raïs de Yasmina Khadra.
 

Bonjour M. Kadhafi. On vous présente souvent comme un dictateur mégalomane. Qu'avez-vous à répondre à cela ?
 
« Je ne suis pas un dictateur.
Je suis le vigile implacable ; la louve protégeant ses petits, les crocs plus grands que la gueule ; le tigre indomptable et jaloux qui urine sur les conventions internationales pour marquer son territoire. Je ne sais pas courber l'échine ou regarder par terre lorsqu'on me prend de haut. Je marche le nez en l'air, ma pleine lune en guise d'auréole, et je foule aux pieds les maîtres du monde et leurs vassaux.
On raconte que je suis mégalomane.
C'est faux.
Je suis un être d'exception, la providence incarnée que les dieux envient et qui a su faire de sa cause une religion. »
 
Vous êtes le frère Guide. Quelle vision de la vie pouvez-vous nous transmettre ?

« La vie est tellement complexe. Et tellement incongrue. Il y a à peine quelques mois, toute honte bue, l'Occident tapissait mon chemin de velours, m'accueillait avec les honneurs, brodait des lauriers sur mes épaulettes de colonel. On m'a autorisé à dresser ma tente sur la pelouse de Paris en pardonnant ma muflerie et en fermant les yeux sur mes « monstruosités ». Et aujourd'hui, on me traque sur mon propre fief comme un vulgaire gibier de potence évadé du pénitencier. Étranges, les volte-face du temps. Un jour vous êtes idolâtré, un autre vous êtes vomi ; un jour, vous êtes le prédateur, un autre vous êtes la proie. » 
 
Au printemps 2011, la situation dans certains pays arabes est devenue explosive. Était-ce prévisible ? En aviez-vous parlé avec vos collègues chefs d'Etat ?
 
« J'avais beau mettre en garde les souverains arabes, ces fêtards empiffrés n'écoutaient que les minauderies de leurs obligés. Ils étaient au complet au Caire, en rang d'oignons, se surveillant en catimini, les uns arrogants sous leur couronne de patriarche constipé, les autres trop obtus pour avoir l'air sérieux. Des nouveaux débarqués qui se croyaient déjà arrivés, présidents d'opérette incapables de se débarrasser de leur instinct de bouseux, émirs pétrodollars tout droit sortis du chapeau d'un prestidigitateur, sultans empaquetés dans leur robe de fantôme, littéralement dégoûtés par les péroraisons que ressassaient à l'envi les tribuns. Pourquoi étaient-ils là ? Ils se fichaient copieusement de ce qui ne concernait pas leurs coffres forts. Occupés à se remplir les poches, ils ne se rendaient compte ni du monde qui mutait à une vitesse vertigineuse ni des lendemains chargés d'orages en train de s'enfieller à l'horizon. Le malheur de leurs sujets, le désespoir de la jeunesse, la clochardisation de leurs peuples, c'était le cadet de leurs soucis. Persuadés d'être à l'abri des mauvaises passes, ils géraient, comme on dit. Et puis, ils n'avaient rien à craindre puisqu'ils ne faisaient pas de vagues ni les durs à cuire. »
 
Comment imaginez-vous l'avenir de votre cher pays ?
 
« La Libye me doit tout. Si elle part en fumée aujourd'hui, c'est parce qu'elle est indigne de ma bonté. Pars donc en fumée, maudite patrie. Ton ventre est infécond, aucun phénix ne naîtrait de tes braises mourantes.
Pour qu'une forêt se régénère, elle doit brûler, nigaude-t-on.
Foutaises !
Il est des forêts qui ne survivent pas à leur sinistre. Elles s'immolent comme les illuminés, et plus jamais herbe ne pousse sur leurs cendres. »
 
Merci de nous avoir accordé un peu de votre temps si précieux.