Affichage des articles dont le libellé est Dystopie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Dystopie. Afficher tous les articles

jeudi 19 novembre 2015

Le travail du Furet, de Jean-Pierre Andrevon

Fiche technique :

Auteur : Jean-Pierre Andrevon
Titre : Le travail du Furet
Editeur : ActuSF
Nombre de pages : 520
Date de parution : Septembre 2015


Quatrième de couverture :

Centrum, futur proche. La maladie a été éradiquée par la science. Pour maintenir un certain niveau de vie et éviter la surpopulation, des tueurs mandatés par l'État doivent éliminer 400 000 personnes chaque année. Riche, pauvre, homme, femme, personne n'y échappe. Mais les victimes sont-elles vraiment désignées au hasard ? C'est lorsque le Furet commence à en douter que les ennuis lui tombent dessus... Aura-t-il la force de se rebeller ?
Livre culte, naviguant entre polar et dystopie, Le travail du Furet est un roman coup-de-poing, sans concession sur les dérives de nos sociétés. Il est ici accompagné de sept nouvelles qui lui font écho et qui sont autant de cris d'alarme pour notre avenir. Retrouvez également, pour la première fois publié, le synopsis du tome 2 qui n'a jamais vu le jour.


Avis :
 
Le travail du Furet :
« Je n'aime pas les pauvres. Je n'aime pas les riches. Mais ce n'est rien à côté des intellectuels. Les intellectuels, je les hais. C'est aussi simple que ça, je les hais, ça me part du fond des tripes et ça me remonte jusqu'à la racine des tifs, je n'y peux rien, c'est comme ça. »
On l'aura compris, le Furet n'aime personne... enfin, presque personne. Seule son amie Jos trouve grâce à ses yeux. Et pour Jos, le Furet est prêt à tout : désobéir à un ordre, réfléchir et s'interroger - enfin ! - sur le bienfondé de son travail de tueur au service de l'Etat...
J'ai adoré ce roman de début à la fin : l'intrigue, le décor, les personnages ou le style de l'auteur m'ont conquise.
Le Furet est un personnage assez quelconque, ordinaire ; solitaire, il a peu d'amis et entretien une misanthropie qui l'aide à travailler efficacement, sans état d'âme. Il aime les vieux films du début du XXème siècle et les "vit" au quotidien, il aime les animaux (sa cohabitation avec Moby Dick, son poisson rouge, ne se passe malheureusement pas très bien) et mène une vie simple où tout est bien compartimenté. Très politiquement incorrect, le Furet a un humour grinçant, et son franc-parler teinté d'argot et de références cinématographiques est jouissif. Centrum, le monde futuriste imaginé par Jean-Pierre Andrevon, est effrayant de réalisme : pollution, surpopulation, ghettoïsation, violences urbaines, invasion publicitaire, déshumanisation... même si le trait est exagéré, en lisant le roman on arrive à se dire que Centrum, c'est Paris dans un futur pas si éloigné que cela. Avec ce décor oppressant et ce héros plutôt banal, le roman navigue entre règlements de comptes, chasse à l'homme et courses poursuites, avec quelques pauses plus légères faires d'amour et d'amitié ; le Furet nous raconte son histoire, ce qui la rend extrêmement vivante, avec beaucoup de rythme et un découpage quasi cinématographique : il n'y a qu'à fermer les yeux pour visualiser les scènes, une réussite !
 
 
A la suite du roman Le travail du Furet, le recueil regroupe un synopsis, sept nouvelles et une interview : 
  • Le trajet de la taupe sous les pieds des aveugles : Le synopsis du second volume des aventures du Furet, malheureusement jamais écrit par manque de temps... C'est vraiment dommage, car ce que l'on peut lire sur ces six pages est alléchant.
  • Le Dernier Dinosaure (1977) : Dans une France en pleine révolution socialiste, Dino se remémore les moments clés de son existence.
  • Exzone Z (1976) : Une journée de violence urbaine ordinaire.
  • Un combattant modèle (1969) : Le jour de ses 18 ans, Mérin reçoit son courrier d'incorporation : il va enfin pouvoir aller combattre en Estasie ou au Miorient.
  • Demain je vais pousser (1991) : Une barrière, et deux populations qui poussent, les uns pour fuir la misère du Sud, les autres pour protéger leurs terres du Nord.
  • Et si nous allions danser (1997) : Les vacances au camping d'une petite famille prennent un tour bizarre et angoissant...
  • Il y en a des milliers (1997) : La courte vie de Bernard, qui fuit les camps de travail d'une France d'extrême droite pour revenir dans une France islamiste.
  • Paysage des morts (1987) : La fascination pour les morts violentes peut mener loin...
Toutes ces nouvelles, écrites sur une période de 30 ans, ont en commun une vision sombre - et malheureusement quelque peu prémonitoire - de notre avenir. Entre bouleversements climatiques, pollution, surpopulation, guerres et violences urbaines, les personnages mis en scène, des gens ordinaires comme vous et moi, vivent tant bien que mal des situations absurdes sans se poser de questions ni remettre en cause l'ordre établi.
Au niveau du style, Jean-Pierre Andrevon reste fidèle à lui-même : le texte est percutant, à l'opposé du politiquement correct en vigueur actuellement, les images sont dures, comme les thèmes abordés. Heureusement l'humour, noir et grinçant, parvient - souvent - à alléger l'atmosphère. Chaque nouvelle est mise en perspective (chronologie, contexte) par une courte note explicative de l'auteur. Paysage des morts mis à part, j'ai beaucoup aimé ces récits, et j'ai eu un coup de cœur pour Un combattant modèle et Demain je vais pousser que j'ai trouvé magnifiques et bouleversants.
A la fin du recueil, une interview de Jean-Pierre Andrevon nous permet de découvrir plus avant le travail de l'auteur...

ActuSF a eu une excellente idée en publiant ce recueil, cela m'a permis de découvrir un auteur prolifique que je connaissais de nom, mais dont je n'avais jamais osé lire les récits que j'imaginais difficiles d'accès ou réservés à une élite de fans de science-fiction purs et durs. Erreur corrigée, cette très belle découverte m'a donné envie de lire d'autres textes de Jean-Pierre Andrevon ; cela tombe bien, il y a l'embarras du choix !
 
 
 
 

vendredi 24 juillet 2015

The Book of Ivy, d'Amy Engel

Fiche technique :
 
Auteur : Amy Engel
Traducteur : Anais Goacolou
Titre : The Book of Ivy
Série / Volume : The Book of Ivy volume 1
Editeur : Lumen
Nombre de pages : 342
Date de parution : Mars 2015
 
 
Résumé éditeur :
 
À la suite d’une guerre nucléaire dévastatrice, la population des États-Unis s’est retrouvée décimée. Un groupe de survivants a fini par se former, mais en son sein s’est joué une lutte de pouvoir entre deux familles pour la présidence de la petite nation. Les Westfall ont perdu. Cinquante ans plus tard, les fils et les filles des adversaires d’autrefois sont contraints de s’épouser, chaque année, dans une cérémonie censée assurer l’unité du peuple.
Cette année, mon tour est venu. Je m’appelle Ivy Westfall, et je n’ai qu’une seule et unique mission dans la vie : tuer le fils du président que je suis destinée à épouser. L’objectif, c’est la révolution, et le retour au pouvoir des miens. Peu importe qu’un cœur de chair et de sang batte dans sa poitrine, peu importe qu’un innocent soit sacrifié pour des raisons politiques. Peu importe qu’en apprenant à le connaître, je fasse une rencontre qui change ma vie. Mon destin est scellé depuis l’enfance.
Bishop doit mourir. Et je serai celle qui le tuera.
Née pour trahir et faite pour tuer… Sera-t-elle à la hauteur ? The Book of Ivy est le premier roman d’Amy Engel, à la fois suspense insoutenable, dystopie cruelle et histoire d’amour torturée.
 
 
Avis :
 
Le monde d'Ivy Westfall est tout petit : il se compose en tout et pour tout d'une ville, protégée par de hautes barrières, habitée par une dizaine de milliers d'habitants qui vivent tant bien que mal une vie très réglementée, marquée par les pénuries (énergie, nourriture, médicaments) et les malformations congénitales (conséquences de la guerre nucléaire qui a eu lieu un demi siècle plus tôt). Les mariages arrangés sont obligatoires dès 16 ans entre les anciens partisans des Westfall et des Lattimer, les deux familles rivales qui revendiquent le pouvoir de cette jeune nation. Personne n'a son mot à dire - surtout pas les femmes condamnées à se marier et à enfanter le plus tôt possible - mais tout le monde s'en accommode au nom de la paix et de la sécurité. Enfin, presque tout le monde...

The Book of Ivy  est clairement destiné à un lectorat adolescent et jeune adulte. Malgré cela, il se lit également très bien pour les lecteurs plus âgés. Si l'histoire en elle-même ne brille pas par son originalité, les personnages sympathiques et attachants en rendent la lecture addictive ; une fois le roman commencé, difficile de s'arrêter avant la fin tant le besoin de savoir ce qu'il va advenir d'Ivy et de Bishop est grand. Evidemment, on se doute dès les premières pages qu'ils vont finir par tomber amoureux l'un de l'autre tant ils font penser à Roméo et Juliette, mais cela ne se fait pas en cinq minutes, il n'y a  aucun coup de foudre : ils vont devoir s'apprivoiser et apprendre à se faire confiance, ce qui rend leurs premiers émois vraiment touchants. Et puis surtout, il y a le cruel dilemme d'Ivy : que doit-elle choisir entre cet amour naissant et son devoir envers sa famille ? Pourra-t-elle arriver à se sortir de cette situation sans blesser ni trahir personne ?
Le style de l'auteur est simple et direct, le roman se lit rapidement et agréablement. Ecrit à la première personne, l'immersion dans les pensées et le quotidien d'Ivy est totale. Le ton est plutôt frais et gentillet malgré les thèmes abordés (mariages forcés, conditionnement, secrets de famille, complot, meurtre, coup d'état, etc.), c'est un parti pris qui m'a un peu dérangée car je m'attendais à plus de dureté dans ce monde post-apocalyptique. Heureusement la fin du roman laisse présager un second volume plus violent, en phase avec le monde qui entoure la ville de Westfall...


Notation :
 
8/10.