mercredi 16 mars 2016

Mercredi, c'est citation : Antéchrista, d'Amélie Nothomb

 
 
 
Des livres s'amoncelaient ça et là : ils me tenaient lieu d'identité.
 
 
Jusqu’à ma rencontre avec Christa, l’un des bonheurs de ma vie d’adolescente avait consisté à lire : je me couchais sur mon lit avec un livre et je devenais le texte. Si le roman était de qualité, il me transformait en lui. S’il était médiocre, je n’en passais pas moins des heures merveilleuses, à me délecter de ce qui ne me plaisait pas en lui, à sourire des occasions manquées.
La lecture n’est pas un plaisir de substitution. Vue de l’extérieur, mon existence était squelettique ; vue de l’intérieur, elle inspirait ce qu’inspirent les appartements dont l’unique mobilier est une bibliothèque somptueusement remplie : la jalousie admirative pour qui ne s’embarrasse pas du superflu et regorge du nécessaire.
 
 
 
Jamais je ne lus autant qu’en cette période : je dévorais, tant pour compenser les carences passées que pour affronter la crise imminente. Ceux qui croient que lire est une fuite sont à l’opposé de la vérité : lire, c’est être mis en présence du réel dans son état le plus concentré – ce qui, bizarrement, est moins effrayant que d’avoir affaire à ses perpétuelles dilutions.
 
 
 
 

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