dimanche 31 janvier 2016

Inner city, de Jean-Marc Ligny

Fiche technique :
 
Auteur : Jean-Marc Ligny
Titre : Inner City
Editeur / Collection : ActuSF / Hélios
Nombre de pages : 324
Date de parution : Janvier 2016
 
 
Quatrième de couverture :
 
En quelques années, Paris est devenue une ville fantôme. Ses derniers habitants sont plongés en permanence dans les réalités virtuelles, bien protégés par une enceinte qui garde à l’extérieur, en banlieue, les pauvres et les miséreux. Mais leur vie dorée est menacée par un tueur agissant dans la Haute Réalité tandis que de l’autre côté du périf, la révolte gronde.
Dans ce climat explosif, Hang traque les scoops les plus sanglants pour mieux les injecter (et les vendre) dans ces mondes virtuels pendant que Kriss enquête pour neutraliser ce serial killer...
 
Roman cyberpunk clef dans la science fiction française et dans la bibliographie de Jean-Marc Ligny (AquaTM, La Saga d’Oap Täo...), Inner City est une nouvelle preuve de l’engagement de son auteur. Il a été couronné à sa sortie par le Grand Prix de l’Imaginaire.
 
 
Avis :
 
Pour ce début d'année, les éditions ActuSF ont décidé de nous gâter en publiant cette version corrigée, remaniée et mise à jour (en tenant compte du développement des technologies informatiques et de communication) d'un roman cyberpunk initialement paru en... 1996. Je ne sais pas trop quel a pu être son impact il y a vingt ans, mais en 2016 Inner City fait froid dans le dos tant la réalité sociétale qu'il présente peut nous paraître proche !
 
Je n'avais jamais lu de romans de Jean-Marc Ligny. J'ai testé les premières pages d'Inner City sur le site des éditions ActuSF et j'ai été happée par le récit dès les premières lignes, ce qui m'a convaincue de le lire. N'étant pas une geek j'avais un peu peur de ne pas vraiment comprendre les références informatiques et / ou technologiques, mais en lisant le roman en entier toutes mes craintes se sont envolées : ce qui nous est décrit ici n'est au final rien d'autre que ce que nous vivons actuellement, en un peu plus élaboré évidemment : réseaux sociaux, commerce et jeux en ligne, immersion 3D, avatars... Quand on voit que Sony s'apprêt à sortir un casque de réalité virtuelle pour le grand public, on se rend compte qu'on est très proche des cyglasses utilisées dans le roman !

Inner City est un très bon roman, qui tient tout autant du polar que de la science-fiction. Et comme tout roman noir que se respecte, il nous livre une image saisissante d'une société à la dérive. D'un côté, il y a un Paris vidé de ses habitants, aux rue désertées et aux voitures poussiéreuses, où les seules traces de vie apparentes sont les robots qui assurent l'entretien et les tâches courantes ; seules quelques personnes errent dans les rues, soit pour le travail, soit parce qu'elles sont en plein délire. Presque toute la population est connectée en permanence à MAYA, la Haute Réalité qui permet de vivre une infinité d'expériences et de réaliser ses fantasmes les plus fous, moyennant finances bien entendu ! De l'autre côté, il y a la banlieue, pauvre et ultra-violente, où personne n'est connecté mais où tout le monde rêve de pouvoir un jour passer de l'autre côté du champ de force qui protège la capitale... Il y a aussi quelques enclaves, des petits villages moribonds où vivent quelques personnes âgées et les rares citoyens exclus de MAYA qui tentent un retour aux sources. Et au milieu de tout cela, il y a Hang, qui n'hésite pas à quitter Paris pour partir à la recherche d'images de plus en plus violentes, de plus en plus choquantes, pour alimenter une réalité virtuelle en quête perpétuelle d'émotions. Et il y a Kriss, une jeune femme employée pour récupérer ceux qui se sont perdus dans la Haute Réalité au point d'oublier qu'ils ont un corps physique. Dans un monde obnubilé par les écrans, où les contacts réels et physiques ont pratiquement disparu, il fallait bien la traque d'un mystérieux assassin pour permettre leur rencontre...

« Il s'est passé tant de choses pour eux, et la situation est encore si critique, qu'ils n'ont pas le temps de réaliser ce qui leur arrive vraiment : la fuite en Basse Réalité, hors du conmonde, sans espoir de retrouver dans un proche avenir le réconfort convivial et chatoyant de MAYA, ses milliers de jeux, simuls, netrades, ses univers gigognes, ses mines de connaissances en hyperview, ses millions d'avatars et de sims en interaction - là où est la vraie vie en somme, fluide, multiforme, composite, métalabyrinthique, éminemment malléable... Prisonniers du réel, de la Basse Réalité si rude, si simple et si pauvre, ils savent que, tôt ou tard, il leur faudra affronter leur conscience. »

L'intrigue d'Inner City est très intéressante et bien développée. Il y a de nombreux rebondissements, beaucoup d'action, et toutes les questions que l'on peut se poser pendant la lecture trouvent une réponse avant la fin du roman. Les descriptions sont vivantes, il n'y a aucun problème pour visualiser ce monde futuriste, en réalité assez peu éloigné du notre. Les personnages sont intéressants, et même si je ne me suis pas beaucoup attachée à eux j'ai pris plaisir à les suivre tout au long de leur aventure. Le style de Jean-Marc Ligny est agréable à lire, les descriptions ne sont pas lourdes, les dialogues ne sonnent pas creux, et il y a des touches d'humour qui viennent alléger le récit. Mais ce que j'ai préféré dans ce roman, ce sont les thèmes abordés en filigrane, passionnants et qui nous font réfléchir sur notre société accro aux écrans, aux scoops à tout prix et à la violence des images. Inner City pourrait être la représentation du futur de nos sociétés dites civilisées, et franchement cette vision de l'avenir m'a effrayée...



 

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